Partager l'article ! Le débat est relancé: Arrêt de l’alimentation artificielle : le débat est relancé Pierre-Olivier Arduin* Euthanasie pour les uns, pratiq ...
« ce qui justifie le recours à la nutrition “artificielle” chez ces patients n’est pas lié à une déficience de la fonction digestive à proprement parler. En effet, une fois introduits dans le tube digestif, les aliments sont digérés et assimilés de façon quasi normale […]. Le terme de nutrition artificielle ne convient donc pas à cette situation car ce n’est pas la fonction de nutrition qui est déficitaire ; il faut plutôt parler de nutrition « administrée » artificiellement, afin de souligner que c’est l’introduction des aliments qui nécessite le recours à une technique particulière [5]».Donc, si la procédure relève en effet initialement de la technique médicale, son but est de répondre à un besoin élémentaire de nourriture qui permet en définitive la dispensation d’un soin de base. Une fois la sonde posée, l’alimentation devient de l’ordre de la gestuelle des soins.
« Je voudrais souligner que l’administration d’eau et de nourriture, même à travers des voies artificielles, représente toujours un moyen naturel de maintien de la vie, et non pas un acte médical. Son utilisation devra donc être considérée, en règle générale, comme ordinaire et proportionnée, et, en tant que telle, moralement obligatoire, dans la mesure où elle atteint sa finalité propre [6]. »Notons au passage que ce discours constitue, avec l’avis éthique rendu sur ce thème par la congrégation pour la Doctrine de la Foi il y a tout juste un an, une réflexion dont l’ampleur et la qualité argumentative ont suscité l’intérêt légitime de nombreux experts de la question.
« l’administration artificielle d’eau et de nourriture n’impose pas une lourde charge, ni au patient, ni aux proches. Elle ne comporte pas de coûts excessifs ; elle est à la portée de tous les systèmes de santé de niveau moyen ; elle ne requiert pas de soi l’hospitalisation et elle est proportionnée pour atteindre son but : empêcher le patient de mourir d’inanition et de déshydratation. Elle n’est, ni n’entend être, une thérapie résolutive, mais un soin ordinaire pour la conservation de la vie [10]».Vie disproportionnée ?La conclusion s’impose d’elle-même. L’intention de laisser advenir une mort par inanition contre laquelle on pourrait lutter avec la perspective d’un succès durable au plan du maintien de la vie, et donc ne pas vouloir l’empêcher alors qu’on le pourrait, n’est ni plus ni moins qu’une euthanasie. En définitive, la mort, qui est la conséquence directe d’une suspension dans l’administration des nutriments chez un patient qui ne peut s’alimenter seul, est souhaitée ici pour elle-même afin de supprimer une personne dont on juge la « qualité de vie » très faible. Y consentir relève bien d’un geste euthanasique. Plutôt que de parler de soin disproportionné, ne faut-il pas plutôt admettre que c’est la vie de ces malades qui nous semble « disproportionnée » en raison de leur médiocre « qualité » ? Le professeur d’éthique canadien, Hubert Doucet, l’affirme clairement :
« Cette position se fonde sur la reconnaissance que dans ce cas, la mort est meilleure que la vie. Elle porte en soi une dynamique de discrimination et d’euthanasie. Si la condition mentale et physique délabrée est à l’origine de la prise de décision, n’est-ce pas de la discrimination ? Si cette personne est privée de nourriture parce que sa mort apparaît moins misérable que sa vie, c’est une forme directe d’euthanasie ». Le Centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin le rejoint par la voix de sa directrice, le docteur Véronique Fournier : « Si la loi a explicitement refusé les pratiques euthanasiques, de telles pratiques peuvent pourtant avoir lieu sous son couvert […] Un arrêt d’alimentation et d’hydratation peut ainsi être décidé avec pour intention de faire mourir » (Le Monde, 19 avril 2008). Nous sommes ici dans le cadre de l’omission euthanasique [11].Ne pas empêcher quelqu’un de reculer dans le vide alors qu’on le pourrait constitue une faute morale de même nature que l’acte qui consisterait à le pousser, la distinction entre omettre et commettre n’ayant pas de pertinence éthique en matière d’euthanasie si le but est bien de tuer le malade. L’euthanasie est en effet l’acte ou l’omission réalisés par un tiers dont l’intention première est d’aboutir à la mort d’une personne malade pour supprimer ses souffrances.
« Mais la sédation, à quoi s’adresse-t-elle chez un malade inconscient ? […]. Le malade est déjà privé de conscience, il n’y a donc rien à endormir. Et sur le plan respiratoire, il est stable, sans dyspnée, sans manifestation d’étouffement. Cette sédation aurait donc un but direct de dépression respiratoire, c’est-à-dire d’euthanasie. Je pense donc que, sauf à tomber dans l’hypocrisie d’une euthanasie qui ne dit pas son nom, la sédation terminale ne peut pas être employée au stade d’état végétatif chronique ou d’état pauci relationnel. Pour rester dans l’esprit de la loi, elle doit être réservée au contrôle des symptômes des derniers instants de la vie, elle ne se conçoit donc qu’en phase terminale ».Une dignité humaine intacte
« L’administration d’eau et de nutriments par des voies artificielles est en règle générale un soin ordinaire et proportionné dont on ne peut priver le malade. Elle est donc requise dans la mesure où elle montre qu’elle atteint sa finalité propre qui consiste à nourrir et hydrater le patient [14]. »
*Pierre-Olivier Arduin est responsable de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon. A publié La Bioéthique et l’Embryon (Ed. de l’Emmanuel, 2007).
[1] Après une série de passes d’armes juridiques tenant en haleine l’opinion publique américaine pendant de longs mois, impliquant jusqu’au président Bush, on se souvient que Terry Schiavo, dans le coma depuis 1990, décédait le 31 mars 2005 après avoir cessé de recevoir tout apport de nutriments.
[2] www.espace-ethique.org, Anne-Laure Boch, Application et critique de la loi du 22 avril 2005 en neurochirurgie, audition du 1er juillet 2008.
[3] « Selon la “Multi society task force on PVS”, l’état végétatif est considéré comme permanent après trois mois d’évolution lorsque les lésions initiales sont d’origine anoxique ou ischémique, et après un an d’évolution en cas de traumatisme crânien. En France, pour traduire le caractère irréversible de cet état, on préfère parler de chronicité et non de permanence, mais la signification est la même », Docteur François Tasseau, Nutrition et état végétatif chronique, Laennec, n. 3, 2006, p. 48. Il existe aussi des états dit pauci-relationnels dans lesquels persiste une certaine capacité de communication (quelques gestes inachevés en réponse à des sollicitations des proches). Le jugement éthique sur le statut de l’alimentation artificielle ne varie de toute façon pas dans ces situations.
[4] Décryptage, « Euthanasie par arrêt d’alimentation : la loi Léonetti prise à son propre piège », avril 2008.
[5] Docteur François Tasseau, Nutrition et état végétatif chronique, Laennec, n. 3, 2006, p. 51.
[6] Jean-Paul II, Discours aux participants au congrès international promu par la Fédération des associations des médecins catholiques, État végétatif, progrès scientifiques et dilemmes éthiques, 20 mars 2004.
[7] Congrégation pour la doctrine de la foi, Réponses et commentaire aux questions de la conférence épiscopale des États-Unis concernant l’alimentation et l’hydratation artificielles, 1er août 2007. Ce texte a été approuvé par Benoît XVI avant promulgation.
[8] Ibid.
[9] Dr François Tasseau, Nutrition et état végétatif chronique, op. cit., p. 54.
[10] Congrégation pour la doctrine de la foi, op.cit.
[11] Jean-Paul II, 20 mars 2004 : « La mort due à la faim ou à la soif étant l’unique résultat possible à la suite de leur suspension, dans ce sens, elle finit par prendre la forme […] d’une véritable euthanasie par omission. »
[12] Ibid.
[13] Jean Léonetti a écarté cette possibilité dans deux entretiens récents : La Croix du 18 juillet et Le Monde du 20 juillet.
[14] Je me suis largement inspiré des réponses de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
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Je ne ferai pas de commentaire plus que ça je me suis dejà exprimée sur le sujet, couper l'alimentation de qui que ce soit je ne vois pas en quoi c'est une euthanasie, les patients partent dans la souffrance la plus totale revoir l'article sur Terry Schiavo , une honte tout simplement etc....
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