Journal de Montréal
Ronald Denis - Docteur en médecine, chirurgien et traumatologue
13 octobre 2009
Dans près de 60 % des cas, le port du casque permet d'éviter ou de limiter les
dommages à la tête qui résultent d'un accident lié à la pratique d'un sport de glisse.
Notre tête est ronde notamment pour permettre aux mauvaises idées de changer de direction... Au nombre de
celles-ci, celle de vouloir pratiquer un sport de glisse sans casque de protection.
Intrawest imposera désormais le port du casque dans toutes ses stations de ski pour les jeunes qui feront
l'apprentissage du ski ou de la planche à neige. Chapeau ! C'est un pas dans la bonne direction. Cependant, à l'instar de mes confrères de l'Association des médecins d'urgence du Québec, je suis
un promoteur du port du casque protecteur par tous. Les traumatismes cranio-cérébraux (TCC) sont l'une des principales causes de mortalité et de handicap grave avant 45 ans. Certes, les accidents
de la route en sont la source dans près de 50 % des cas. Toutefois, les sports de glisse, parmi lesquels le ski alpin et la planche à neige, se pratiquent dans un environnement plus que propice à
se frapper la tête ou à se la faire frapper.
Le ski alpin, par exemple, est un sport qui se pratique parfois à une vitesse supérieure à celle qui est autorisée sur nos autoroutes. Une simple fausse manoeuvre de la part de celui qui descend,
ou de ceux qui le précèdent ou le suivent, suffit pour laisser en tête un très mauvais souvenir : celui du traumatisme crânien. Dans près de 60 % des cas, le port du casque permet d'éviter ou de
limiter les dommages à la tête qui résultent d'un accident lié à la pratique d'un sport de glisse.
LES TRAUMATISMES CRANIO-CÉRÉBRAUX
Les TCC regroupent les traumatismes du neuro-crâne, la partie haute du crâne qui contient le cerveau, et du cerveau. Celui-ci est le centre d'analyse et de contrôle des fonctions motrices,
cognitives, perceptives et comportementales. Un dommage cérébral peut entraîner des incapacités multiples, parmi lesquelles : les troubles de l'équilibre, de la communication, de l'apprentissage,
de la mémoire, du comportement et un changement de personnalité. Les séquelles d'un traumatisme craniocérébral sont différentes d'une personne à l'autre, selon la localisation des lésions et
l'étendue des dommages. Une personne peut demeurer dans un état végétatif persistant, être paralysée, être plus ou moins amnésique, avoir des troubles plus ou moins importants de comportement ou
ne conserver que des difficultés mineures d'attention ou de fatigue à l'effort. Chaque victime d'un traumatisme cranio-cérébral présente des caractéristiques distinctes et doit être considérée
comme un cas unique. Un véritable casse-tête ! Dans les cas les plus graves, les interventions en réadaptation pourront s'échelonner sur plusieurs années.
L'ACCIDENT
La destruction ou l'altération de fonctionnement du cerveau est la conséquence de différentes lésions qui dépendent étroitement du mécanisme du TCC résultant d'un choc direct ou indirect,
causé par l'accélération, la décélération ou la rotation de la tête.
Parfois, le cerveau peut être atteint sous l'effet d'une secousse provoquant un contact brusque entre le tissu cérébral et la boîte crânienne sans atteinte visible de la boîte crânienne. Lors
d'une chute sur la tête, par exemple. Sous l'effet d'une violente accélération ou décélération du cerveau, lorsqu'on se frappe la tête contre un arbre par exemple, les neurones et leurs
prolongements peuvent être étirés et, parfois, rompus. Ces lésions sont le plus souvent la cause de l'état de coma.
Dans d'autres cas, les différents composants du tissu cérébral sont endommagés à un ou plusieurs endroits, on parle alors de contusions. Celles-ci sont "par coup" lorsque le cerveau est
blessé à l'endroit de l'impact ou "par contrecoup" lorsque le cerveau est blessé à un endroit diamétralement opposé à l'impact. On parle d'oedème cérébral lors de l'augmentation de la teneur en
eau des tissus à la suite du gonflement des cellules ou des vaisseaux. On parle d'hématome lorsque le choc provoque une rupture des vaisseaux sanguins qui se traduit par une accumulation de sang
dans la matière cérébrale ou entre celle-ci et la boîte crânienne. Ce fut le cas de l'actrice Nathalie Richardson, qui est décédée en début d'année. À son arrivée à l'Hôpital du Sacré- Coeur,
nous n'avons pu que constater son décès cérébral et constater également que le port d'un casque protecteur aurait probablement été, dans son cas, salutaire tout comme l'aurait été le fait de
consulter un médecin, comme le lui avait suggéré son moniteur, immédiatement après sa chute.
Si vous recevez un mauvais coup sur la tête, gardez à l'esprit que vous devriez toujours consulter un médecin.
LES TCC ET LES AUTRES
Vous pensez que les TCC n'arrivent qu'aux autres ? Dites-vous bien que ceux-ci se disent la même chose et que vous comptez pour eux parmi "les autres".
En tant que traumatologue, je rêve du jour où l'on dira de celui qui dévale les pentes à toute vitesse sans casque protecteur qu'il doit être tombé sur la tête !
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